Des textes à partager, à écouter, à lire à voix haute, à voix basse… Des mots à découvrir… Pour écouter, se découvrir…
Des mots élancés, déposés, venant d’ici, de là…
Des textes à partager, à écouter, à lire à voix haute, à voix basse… Des mots à découvrir… Pour écouter, se découvrir…
Des mots élancés, déposés, venant d’ici, de là…
« Un instant, un long instant, jouir du choc de cette phrase.
Les métaphores t’atteignent dans une part de l’être où tu n’es pas protégé. Tu ne sais même pas ce que ces mots veulent te dire que déjà quelque chose d’ancien, de doucement suave ou amer te pénètre et s’étire en toi. Entre les choses connues respire l’innommé. L’innommable. Avant même qu’un sens n’ait rejoint les mots, voilà qu’ils t’ont atteint et troublé.
Souviens-toi des chevaux écumants du passé… Du fond des temps, ils ont galopé jusqu’à toi ! Ils sont harassés et couverts de sueur ; les brides et les sangles les ont blessés. Ils s’ébrouent en frémissant, les naseaux en feu et craquelés de sécheresse. Ils t’ont rejoint à travers les déserts, les éboulis de roc et les steppes interminables des temps… Le passé fait halte à l’auberge d’aujourd’hui. Ignorer sa présence, fermer les auvents et les volets serait barbare…
Lorsque nous confondons le passé avec ses désastres et ses faillites, sa poussière et ses ruines, nous perdons accès à ce qui se dissimule derrière, à l’abri des regards : le trésor inépuisable, le patrimoine fertile…
Car bon gré mal gré nous vivons sur l’acquis multimillénaire de ceux qui nous ont précédés. Nous foulons la terre des morts, habitons leurs maisons, bien souvent ensemençons leurs terres, cueillons les fruits des arbres qu’ils ont plantés, terminons les phrases qu’ils ont commencées. Pas un coin de rue, pas une route, pas un pont, pas un tunnel, pas un paysage où n’ait œuvré une foule invisible. Cette conscience de l’intangible, loin de peser ou d’alourdir, ouvre le cœur et l’intelligence…
De même que les plus furieuses tempêtes ne perturbent pas les fonds océaniques, les catastrophes historiques et sociales ne menacent pas l’acquis profond de l’homme, ni son savoir et sa sagesse. Il y a là un héritage considérable dont nous sommes tous les légataires universels et que trop occupés des courants d’air, des modes et des « nouvelles » du jour, nous oublions d’honorer…
« Fermez les yeux et entendez bruire cette foule humaine dans votre dos. Toute cette humanité dont vous procédez ! Sentez derrière vous cette longue « chaîne d’amants et d’amantes » dont vous êtes, en cet instant, les seuls maillons visibles ! Ils n’ont pas désespéré du monde et vous en êtes la preuve vivante. C’est avec cette conscience-là que vous trouverez la force et le courage de vous élancer. Le passé n’est pas ce qui nous retient en arrière mais ce qui nous ancre dans la présence et nous insuffle l’élan d’avancer. »…
Sans connaissances, sans vision et sans fertilité imaginaire, toute société sombre tôt ou tard dans le non-sens et l’agression. Il existe à ce jeu macabre un puissant contre-poison. À portée de la main, à tout instant : c’est la gratitude.
Elle seule suspend notre course avide. Elle seule donne accès à une abondance sans rivage. Elle révèle que tout est don et qui plus est immérité. Non parce que nous en serions, selon une optique moralisante, indignes, mais parce que notre mérite ne sera jamais assez grand pour contrebalancer la générosité de la vie !…
Il existe une question qui, lorsqu’on la pose sérieusement, donne le vertige : qu’as-tu que tu n’aies pas reçu en don ?…
Un fluide insaisissable coule d’une génération à l’autre. Lorsque nous développons nos antennes et apprenons à déceler partout la trace d’autres passants, d’autres humains vivants ou morts, alors notre façon d’être au monde se dilate et s’agrandit…
L’hommage aux origines. Ainsi commence tout processus d’humanisation…
Rendre hommage met en mouvement une machinerie secrète qui ouvre les prisons.
En m’inclinant devant l’autre, je ne signifie pas que tout ce qui le constitue était parfait mais que j’ai entrevu, par grâce, l’éternité qui le fonde, la part indestructible de son être.
Aussitôt, les apparences, les tentatives non abouties, les malentendus, les échecs et les blessures perdent de leur virulence et s’effritent sous la tranquille action du temps…
Il ne m’est demandé en somme qu’un seul geste pour rester digne de la vie et quelle qu’ait été la souffrance que j’ai subie : m’incliner. Cette loi secrète semble jouer dans toute vie.
Lorsque, après une relation malheureuse, je me détourne et m’éloigne sans un regard, la relation est certes coupée. Mais ce qui demeure, c’est la dépendance. Même si la relation vivante est sectionnée, le lien têtu de l’inachevé, du malaise ou de la malédiction persiste.
Bien des biographies, des aventures humaines, des entreprises commencent ainsi : par une porte claquée au nez du passé, et sont très vite envahies par un herpès, un mal-être indécelable.
La porte est certes close mais les rhizomes, eux, traversent les murs.
Il n’y a qu’une délivrance à la dépendance maléfique : c’est l’hommage rendu. Et la conscience d’une reliance universelle.
Chaque être tente à sa façon la difficile traversée de la vie. Le succès obtenu n’est pas un critère. C’est l’élan, l’espérance la plus secrète au plus profond de la personne que nous saluons quand nous nous inclinons.
À ignorer cette loi du respect dû à chaque âme, le monde s’enfonce dans l’agonie…
Là où la mémoire est vivante, l’arbitraire ne règne pas. Un invisible paramètre agit, une unité de mesure qui ne se discute pas davantage que le mètre utilisé par le vendeur de tissu.
La corruption généralisée, elle, marque la rupture. Corrompre (co-rompre), c’est rompre ensemble l’alliance tacite de l’équité.
Mais quel est ce continuo qu’il s’agit de ne pas laisser tarir, cette transmission qui, interrompue, crée la dérive ?
L’aspect le plus subtil du devoir de mémoire est la prise en compte de l’invisible…
Alors n’oublie pas les chevaux écumants du passé. Ils n’ont, pour se faire entendre, que leur sueur et le battement de leur sang affolé par la course. Du fond des temps… Dans un galop fou… Ils viennent de si loin… L’étrange est qu’ils n’apportent aucun message, aucun rouleau de parchemin glissé sous un harnais. Leur message n’a pas de mots, pas de contenu, il ne se formule pas, n’a jamais été envoyé ni reçu, ni gravé sur un fronton.
C’est un frémissement amoureux. »
La liberté, son expérience, son goût, unique, volatile, volage, fragile et puissant.
Le corps, une expérience, tantôt partielle, tantôt lourde, mise en harmonie par la conscience ou l’inconscience, par notre présence ou nos absences.
Le corps libre… Le corps livre…
Le corps livre, empreintes, cicatrices, souvenirs, espoirs en déroute, des routes d’espoirs.
Le corps de la Terre. Elle tourne, elle tourne la mère des terriens, sans cesse, depuis toujours, et ses sœurs planétaires, et sa propre mère galaxie, toutes ces danses unies vers… (?)
Alors que le monde effondre les croyances, démantèle les mensonges et détruit les certitudes, les réceptacles de chair, de sang et d’ossements s’alourdissent, s’appauvrissent d’une immobilité physique et d’une frénésie pensive.
Peux-tu t’arrêter et remettre en route ? TE remettre en route ?
Pose-tes pieds voyageur, bien à plat sur le sol de Mère Terre.
Mets entre la voûte et la terre toute ta conscience.
Restes-y, respire le lien qui vous unit.
Détends une à une chaque partie de ce corps dont tu ignores l’éventail de mélodies.
Mais souviens-toi maintenant que tout mouvement naît de la sphère, de l’arrondi, du féminin. Sans la rondeur, sans la semence, sans l’utérus, sans l’œuf, sans la cellule, l’expérience terrestre ne serait pas celle-ci. Pas ainsi. Constate cela.
Invite-le féminin à prendre naissance en toi.
Accorde-lui toute la place.
Puis va rejoindre le lieu, le centre d’où jaillissent les forces. Déverse ce que tu crois être dans le fluide par lequel tout débute.
Du simple mouvement d’une phalange laisse naître l’écho, la vague globale, totale.
Laisse-toi submerger par elle et autorise-le ce corps merveilleux, à devenir houle. Savoure cela, respire cela, sois cela. Puis dans une grande inspiration de cet endroit femme, de cette danse arrondie va vers l’autre force, le pôle opposé, le complément, l’écho inversé, le masculin.
De ce corps qui bouge par Elle va vers ce corps qui bouge par Lui.
De la grue voluptueuse pleine de grâce va vers l’échassier maître de son territoire, défendeur de l’ici et maintenant et pourtant libre de le quitter à tout moment pour que la danse continue. Là aussi goûte à cette stabilité, cette assurance masculine pour qu’advienne les gestes de résonance parfaite.
Lentement, vite, avec finesse, avec amplitude, du masculin retourne vers le féminin et du féminin retourne vers le masculin puis constate ; constate qu’un engendre l’autre et que pendant un laps de temps il n’y a ni début ni fin seulement deux entités qui se frôlent.
Un plus un égal trois, la troisième présence : l’offrande alchimique que tu es devenu(e).